L’instant magique: ce qui me passionne dans la photographie

J’ai épuisé mes dernières pellicules pour capturer la beauté glaciale du matin qui pointait à ma fenêtre. Cette aube d’un mois de décembre où tout s’est tu, enseveli par la neige, valait que je me pose et que je sorte mon objet de prédilection. Je ne saurai définir la sensation qui m’a envahi quand j’ai vu cette blancheur presque soudaine peupler tous les toits. Hier encore, le paysage était nu, rien ne laissait penser que l’hiver allait pointer son nez aussi vite. D’ailleurs, hier je photographiais, avec mon DSLR favori, encore un groupe de jeunes pour un magazine de mode local. Chaque fin de saison fait souvent l’objet de multiples publicités pour les collections de vêtement de la saison à venir. J’aime prendre en photo des visages. Ce n’est pas tant pour en voler et immortaliser la beauté, c’est surtout pour en admirer les moindres défauts qui rendent chaque individu unique. Chaque cliché est une découverte, une nouvelle connaissance acquise, chaque trait étant différent, à chaque nouveau sujet j’agrandi mon champ de savoir sur le visage et les traits de l’être humain.

Mais je me perds. Je vous parlais de cet instant sublime qui m’a fait sortir de mon lit pour venir flirter avec le jour.   Je n’avais pas dans l’intention de m’attarder sur ce matin peu singulier. En effet, je m’étais levé de mon lit pour ouvrir mes volets et laisser entrer quelques rayons de soleil. La pénombre de ma petite chambre m’empêchant de visualiser l’alternance des jours,  je m’étais approché de la fenêtre pour la pousser et gouter à l’air frais. D’abord, une sensation de chaleur douce envahi mes yeux tandis que le froid titillait mon nez. Mes lèvres qui boudaient encore de sommeil se sont soudainement asséchées sous l’effet d’une petite brise glacée. Autant de sensations mélangées m’ont alors amené à ouvrir les yeux pour me retrouver devant un spectacle bouleversant. Voyant tant de beauté, et ce paysage métamorphosé dans la nuit, je me suis attardé à la fenêtre et je n’ai pas voulu me résigner à ne pas immortaliser ce moment.

Pouvez-vous seulement imaginer, comment on se sent transporté dans un tourbillon d’allégresse lorsqu’on est face à des centaines de toits ensevelis d’un voile blanc composé de milliards de fines particules blanches. Au loin, entre deux triangles, le jour se lève, dardant de mille éclats les petits bouts de triangle que forment les toits et qui s’élancent hors de l’épais velours laissé par la nuit. Si cette teinte orangée devait promettre chaleur et lumière aveuglante, c’est une douceur glacée qu’elle transportait dans son sillage. Sur mes yeux fixés sur l’objectif laissait perler quelques larmes de satisfaction, comme à chaque fois que je réussi à capturer des beautés qui m’apparaissent de manière impromptue. Mes doigts sur le déclencheur tentaient de garder leur stabilité mais c’est avec peine que je réprimais quelques tremblements qui traduisaient ma joie. Lorsque le dernier clic raisonna, mon cœur s’empli enfin d’une profonde paix, comme si j’avais, une énième fois réalisé l’œuvre de ma vie.